À la découverte des forêts

,
2–3 minutes
une parcelle forestière en Auvergne : chênes et pins sylvestres

Aujourd’hui, 21 mars, c’est la journée mondiale des forêts, l’occasion en ce début de printemps de s’enforester1, les sens en éveil, à l’affût d’indices, de traces, à l’écoute des chants. Je vous propose donc au fil des publications “d’entrer en forêt”, une expédition différente à chaque fois selon le lieu géographique et la saison.

Une forêt pas comme les autres

Mon rapport à la forêt a commencé ici. Un temps, où aller en forêt était synonyme de d’évasion (pas de téléphone), à l’abri des regards (pas de Lidar !). Cela nécessitait également à hauteur d’enfant d’affronter ses peurs (la bête du Gévaudan n’était pas très loin), d’écouter et d’identifier les sons, les chants, d’apprendre à s’orienter (sans GPS), d’accepter de se perdre, d’observer le paysage et la végétation pour revenir. C’était le siècle dernier…

Quelques années plus tard, au fil des études, des expériences professionnelles, des randonnées, mon regard sur cette forêt s’est enrichi. Mon nouveau regard de tourneuse sur bois a décelé un potentiel intéressant pour certaines essences : merisiers, chênes, châtaigniers… Et une envie d’expérimenter à petite échelle une gestion forestière adaptée au milieu (durable) et à une partie des besoins de mon activité économique.

Drôle de parcelle forestière

Avant la visite de terrain, se faire une idée des lieux, des relations établies sur ce territoire entre les hommes, les animaux qui l’ont fréquenté à travers le temps.

Une histoire, des histoires

Carte de Cassini de la zone d'implantation de la parcelle forestière

IGN. Carte de Cassini (XVIIIème siècle)

Au XVIIIème siècle, la forêt n’existait pas à cet endroit. Les champs prédominaient. L’agriculture pratiquée alors comprenait l’élevage de bovins, porcs, et ovins et des cultures pour pouvoir nourrir le bétail (système de polyculture élevage)


Les années 50

En 1954, les chênes et pins sylvestres sont présents sur le haut la parcelle. La forêt s’est installée.
La lande est présente sur la partie basse présence d’arbustes (genêts) principalement et quelques semis d’arbres. Les animaux limitent l’installation de la forêt. La partie forestière est peu exploitée : les arbres morts (pins) sont utilisés pour chauffer la nourriture des porcs. La parcelle est laissée en libre évolution.

IGN photographie aérienne 1954


Photographie aérienne de la zone d'implantation de la parcelle en 1980

IGN. Photographie aérienne 1974

Les années 80

En 1980, la forêt est installée. Les pins sylvestres sont majoritaires. Ils font de l’ombre aux jeunes semis de chênes. Quelques chênes sont également présents. Les parcelles ne sont plus utilisées pour faire paître les animaux. Cette évolution vers la forêt correspond à une évolution de la ferme : la production laitière devient l’objectif principal.


Les années 2000

Depuis 1980, la forêt évolue. La régénération privilégie les chênes. Les jeunes pins sylvestres sont de moins en moins nombreux. Le couvert dominant (arbres dont le houppier a accès à la lumière) est constitué de pins sylvestres et de chênes principalement. Quelques essences secondaires sont présentes : châtaignier, merisier, frêne, tremble…

Photographie aérienne de la zone d'implantation de la parcelle forestière en 2016

IGN photographie aérienne 1999


Et aujourd’hui…

En 2020, un premier état des lieux a permis de mettre à jour une coupe de pins sylvestres. Cette coupe de pins à usage essentiellement économique a mis en lumière de manière assez brutale les semis et le sous-bois présents. Désappointée par la découverte de cette coupe, je suis partie à la recherche d’outils réglementaires pour éviter de nouvelles coupes identiques. En effet, la gestion de ces parcelles s’appuiera sur les principes de la sylviculture mélangée à couvert continu2.


  1. Expression empruntée à Baptiste Morizot. ↩︎
  2. Sylviculture mélangée à couvert continu (SMCC) : sylviculture cherchant à trouver un équilibre entre les différentes fonctions de la forêt (puits de carbone, loisirs, biodiversité et besoins en bois) et inscrire cette gestion dans un temps long : gérer une forêt pour les générations futures. Pour en savoir plus, consultez le référentiel européen ASKAFOR ↩︎